Le soir, en rentrant de la ville, quand la nuit tombe, si tu descends sur la plage, fumer une dernière clope, assis dans le sable, en regardant l'horizon, pense à moi. Regarde loin, loin, l'endroit précis où la mer se mêle au ciel. Avec un peu de chance, tu verra le ferries qui s'envole pour l'angleterre. Pense à moi, en passant tes doigts dans le sable glacé... Si le vent fouette ton visage, ferme les yeux et laisse toi glisser entre les bourrasques, imagine toi oiseau du large et glisse, glisse, joue avec Eole. Pense à moi et cette complainte. Sent autour de toi la densité du vide... Personne sur cette plage, cette plage qui s'étend sur des kilomètres et des kilomètres... Si tu la suivais, tu arriverais tout au bout du bout du monde. Pense la densité qui pèse autour de moi. Ces gens là, à quelques mètres de moi. Tout ces gens qui se bousculent. Pense à la solitude de cette plage qui s'offre à toi. Pense à la solitude de la ville.
Parfois, un mardi matin, alors que la nuit s'effiloche lentement sans vraiment que l'on s'en rende compte tant le ciel est sombre de grisaille, bercée par le bruit des gouttes de pluie qui s'écrasent avec fracas sur les rebords en zinc des fenêtre, au sous-sol du lycée, je pense à cette plage. Je la vois, déserte au moment où le ciel s'assombrit, au moment où l'orage éclate, quand les énormes gouttes d'eau percent la surface plane de l'océan. Le soir, en attendant mon bus, déjà trempée, je pense que je suis sur cette plage, sous la pluie... Mais dans les rues de ma ville, les gens sous leur parapluie, sont bien pressés...
J'envie l'instant où tu pose ton scooter au bout du chemin, que tu descends jusqu'au bord des dunes fumer ta dernière clope de la journée...
En passant tes doigts dans le sable, pense à la chance que représente ce vide humain, tout autour de toi. Si au bout de tes doigts tu sens que tu effleures un morceau de tristesse que j'ai malencontreusement abandonné, laisse le filer.
Je reviendrais un jours. J'aime le silence de la mer. J'aimais m'asseoir la et laisser filer entre mes doigts le sable, et juste sentir sur mon visage le vent...
Je reviendrais, je te le promet.
Et toi, oh, là haut, en haut de ta colline, quand tu lira cette ligne, pense à cette densité du vide que tu aime tant.
Pense au moment où l'on enjambe la rambarde pour aller au bout, tout au bout de la jetée, contempler la mer, comme si nous étions sur un bateau, loin de tout rivage. Nous parlons de tout et jamais nous ne nous retournons pour voir derrière nous les barres d'immeubles de cette ville balnéaire.